Nous nous concentrons, par nos questions, sur les "problèmes" de la
communauté tout en constatant, en visitant leurs maisons et leurs
églises, que sur le plan personnel, leur soucis ne diffèrent guère de
ceux des Turcs. "Notre plus grand problème
collectif provient du fait que nos fondations ne peuvent recevoir de
subsides. Il est désormais permis, grâce aux nouvelles lois qui ont été
votées, aux fondations de recevoir des biens mais cela s'avère
difficile dans la pratique. On verra ce que cela donnera avec le
temps." "C'est les mentalités qui doivent
changer" dit-elle, non pas dans leur rapport aux individus mais aux
"institutions" des minorités, vis-à-vis desquelles des hésitations
persistent, liée à une peur de les voir trop se renforcer.
Des besoins se font ressentir à l'égard de
nouveaux prêtres, des séminaires pour religieux ainsi que pour des
professeurs d'arménien, pour des écoles pour former les enseignants...
"Nous avons demandé que soit créé, au sein
d'une université turque, une section où l'on pourra enseigner
l'arménien et la religion. Nous en discutons actuellement avec les
autorités. On note une évolution dans le sens où il est des problèmes
qu'on ne pouvait pas formuler auparavant, or maintenant on en parle
ouvertement. Nous avons de très bons rapports avec le gouvernement et
les institutions étatiques ; dès qu'un problème se pose, on le formule
et on cherche des solutions conjointement."
Luiz Bakar nous explique que la communauté arménienne de Turquie, qui
comprend approximativement 70.000 personnes, se mélange de plus en
plus, tout particulièrement depuis les quinze dernières années. Des
relations avec les journalistes, les professeurs se créent... "Cela va
nettement mieux" dit-elle , "maintenant la communauté est plus ouverte
sur l'extérieur. Tout le monde a des amis dans la sphère de la vie
privée. Désormais les gens nous connaissent, or, par le passé, quand on
se qualifiait d'"Arméniens ", nul ne comprenait ce que nous voulions
dire. Ils croyaient que c'étaient des êtres differents. De nos jours
nous nous mélangeons, nous faisons des choses ensemble -des sorties,
des concerts et des repas en commun- et nous tentons d'expliquer qui
nous sommes.
Des tragédies et des drames ont eu lieu dans
le passé mais il s'agit de regarder l'avenir et de normaliser les
relations avec l'Arménie: "Si vous remontez dans l'histoire, vous
cons-tatez qu'il y a eu des peuples qui se ont entretués mais qui se
sont réconciliés par la suite." La surenchère
qui entoure les questions de "génocide" et de "massacres mutuels"
dérangent visiblement les Arméniens de la Turquie. Pour leur part, ils
sont à la recherche de solutions basées sur le dialogue. "Il faut se
parler plus pour se connaître et pour mettre fin aux
hostilités." "J'ai un grand nombre d'amis
Français qui aiment beaucoup la Turquie et les Turcs. J'ai été le
vecteur pour leur faire découvrir et aimer le pays. Les citoyens
d'Europe occidentale méconnaissent les Turcs comme les Arméniens. S'ils
font le voyage jusqu'ici, ils verront que le Turc n'est pas celui
qu'ils s'imaginent, que c'est un homme qui leur ressemble, qu'un Turc
est semblable à un Français. Qu'ils sont gentils, fondamentalement
bons, très serviables, hospitaliers, et qu'on peut avoir confiance en
eux, s'en faire de fidèles amis." En dernière
instance, Luiz Bakar en appelle aux Turcs à mettre en oeuvre les
réformes votées sur le plan
législatif, ainsi qu'à chercher à mieux connaître et comprendre les
minorités arméniennes, juives et grecques du pays. Et elle exhorte à
son tour les Européens à soutenir davantage la Turquie et les Turcs, et
à ne pas les décourager dans leur efforts d'adhésion à l'Union
européenne.q "Mentalities should change" she
said, not in the relations between individuals, but concerning the
minorities' "institutions" for which reservations remain due to the
fear of seeing them grow too strong. New
needs have appeared for new priests, seminars for the religious,
Armenian teachers, as well as schools to train future teachers…
“We have requested the creation, within a
Turkish university, of a department where Armenian language and
religion could be taught. We are currently discussing about it with the
authorities. We have seen progress as we can now talk openly about
certain issues which we could not before. We maintain excellent
relations with the government and the state institutions; as soon as a
problem arises, we discuss and search for a solution together."
Luiz Bakar explained that the Armenian
community in Turkey, which encompasses 70.000 people, mix more and
more, particularly for the past fifteen years. New relations with
journa-lists, professors have been established… "Things are going much
better" she said "now that the community is more open to the outside
world. Everybody has friends in their private life. Nowadays, people
know us better, whereas in the past, when we would call ourselves
"Armenian", nobody would understand what it means. They would think
that we are different beings. Nowadays, we mix with others and do many
things together: we go out, we go to concerts, and have meals together.
And we try to explain who we are.”
Tragedies and dramas took place in the
past but one should turn to the future and norma-lize the relations
with Armenia : "If you go back in History, you will see that there were
people who killed each other but then made
peace." The escalation about the issues of
genocide and mutual massacres clearly disturbs the Armenians of Turkey.
For their part, they are looking for solutions based on dialogue. "We
must communicate more in order to know each other better and stop the
hostilities." "I have many French friends who
like Turkey and the Turks a great deal. I have played an active role in
making them know and love the country. The citizens of Western Europe
misjudge the Turks and the Armenians. If they travel to Turkey, they
would see that the Turks are not as they imagine them to be, that they
are like them, that a Turk is similar to a French person. Turks are
friendly, genuinely good people, very helpful, welcoming, trustworthy
and faithful friends." Finally, Luiz Bakar
calls for the Turks to implement the reforms voted at parliamentary
level, and to try to understand and know better its Armenian, Jewish
and Greek minorities. She also calls for the Europeans to give more
support to Turkey and the Turks and not to discourage them in their
efforts to join the European Union.q