On a pu lire dans le journal belge Le Soir (Edition du 23 avril 2005),
dans un reportage intitulé "A Istanbul, la jeune génération a opté pour
l'intégration", les points de vues de quelques Arméniens de Turquie. On
y retrouve exprimée l'inquiétude des "anciens", mais aussi la sérénité
de la jeune génération. On y apprend ainsi que Nadia, enseignante de 35
ans, "fréquente souvent l'église grégorienne de Kumkapi et affiche un
optimisme sans faille. Sa priorité est de pouvoir élever son fils de 4
ans dans la culture arménienne et de faire perdurer sa langue et sa
religion, ce que lui garantit la République turque depuis le traité de
Lausanne, signé en 1924." "Etre arménienne
pour moi, en Turquie, n'a jamais été un problème. Bien sûr avant,
j'évitais de parler ma langue dans la rue, mais depuis quelques années,
je ne m'en cache plus. Nous avons d'ailleurs des journaux, des
magazines, et bientôt nous aurons une radio. Oui, je suis heureuse en
Turquie." D'après ce reportage, même si les
événements de 1915 restent ancrés dans son esprit, Nadia refuse de se
laisser hanter par l'Histoire, tout comme Zakar Aktungur, joailler de
39 ans, installé un peu plus loin sur un banc, en train de fumer une
cigarette. "Je n'ai jamais été victime de discrimination" explique cet
homme, "même lors de mon service militaire, car des punitions étaient
imposées à ceux qui nous auraient vilipendés."
"Nous savons que des faits terribles se sont déroulés en 1915" ajoute
ce joallier. "Mais nous ne pouvons pas vivre indéfiniment avec. Les
débats qui ont lieu en ce moment me gênent car ils ravivent des plaies.
Nous sommes pointés du doigt en tant que minorité et cela me déplait.
Si ce débat est nécessaire, il ne doit pas être instrumentalisé par
l'Union européenne." Le quotidien Le Soir
relaye ensuite les messages de Luiz Bakar, porte-parole du patriarcat,
qui juge, elle aussi, la période très difficile à vivre : "la tension
est énorme... Chaque jour, des dizaines d'articles sont publiés sur la
question arménienne et l'on assiste à une véritable surenchère. Les
journaux montrent depuis peu des photos des Turcs massacrés par des
Arméniens en 1915. Nous nous en serions bien
passés." "Une chose est certaine" affirme Luiz
Bakar. "Des événements extrêmement graves se sont produits. Il y a eu
des déportés et des morts, mais de là à parler de génocide, je ne le
sais pas moi-même." Le quotidien belge relève
enfin que l'action de la diaspora est assez souvent critiquée. "Les
Arméniens qui vivent à l'étranger sont beaucoup plus intransigeants que
nous" regrette Zakar Aktungur. "Or, le problème ne pourra être résolu
que par le dialogue. Ne pas rester figé, cela vaut pour les deux
parties."q q q L'équipe d'Anadolu a rencontré
en Turquie la même Luiz Bakar, une juriste, porte-parole du patriarcat
qui s'explique et répond aux questions sans
hésitations.
"Nous avons 18 écoles, 2 hopitaux et 38
églises" dit-elle, tout en regrettant de voir diminuer le nombre des
églises en Anatolie. Nous nous concentrons,
par nos questions, sur les "problèmes" de la communauté tout en
constatant, en visitant leurs maisons et leurs églises, que sur le plan
personnel, leur soucis ne diffèrent guère de ceux des Turcs.
"Notre plus grand problème collectif provient
du fait que nos fondations ne peuvent recevoir de subsides. Il est
désormais permis, grâce aux nouvelles lois qui ont été votées, aux
fondations de recevoir des biens mais cela s'avère difficile dans la
pratique. On verra ce que cela donnera avec le temps."
In the Belgian newspaper Le Soir (Edition of
23rd April 2005), one could read an article entitled "In Istanbul, the
younger generation has opted for integration", the points of view of
some Armenians of Turkey. The anxiety voiced by older people and the
serenity of the younger generation were described. We are told, thus,
that Nadia, a teacher of 35 years old, "frequently attends the
Gregorian church of Kumkapi and shows an unfailing optimism. Her
priority is to bring up her four-year old son in the Armenian culture
and to preserve its language and religion, which is guaranteed by the
Turkish Republic in the Lausanne treaty signed in
1924." "To be an
Armenian in Turkey, for me, has never been a problem. Of course,
before, I would avoid speaking my own language in the street, but since
a few years, I do not hide it anymore. Moreover, we have already some
newspapers, magazines and soon, we will also have a radio. Yes, I am
happy in Turkey."
According to this article, even if the events
of 1915 are deeply fixed in her mind, Nadia refuses to let herself be
haunted by History, like Zakar Aktungur, a 39 years old jeweller,
sitting on a bench not far from there, while smoking a cigarette. "I
have never experienced discrimination" explained this man "not even
during my military service, because there are sanctions for those who
would have
vilified". "We know that terrible events
occurred in 1915" added this jeweller. "However, we cannot live with it
indefinitely. The debates which are taking place nowadays disturb me
because they are reopening wounds. We are pointed at as a minority and
I do not like it. If this debate is necessary, it should not be
exploited by the European Union." The
daily Le Soir then relates the messages by Luiz Bakar, spokeswoman for
the Patriarchate, who also consider that this is a difficult situation:
"The tension is running high…every day, about ten articles are
published about the Armenian issue and we are witnessing an escalation.
Recently, the newspapers have been showing pictures of Turks massacred
by the Armenians in 1915. We did not need that.""One thing is certain"
states Luiz Bakar. "Extremely serious events took place. There were
deported people, dead people, but to call it genocide, I do not even
know myself." The Belgian newspaper then
reveals that the Diaspora's action is often quite criticised. "The
Armenians living abroad are more inflexible than we are" regrets Zakar
Aktungur. "In fact, the problem can only be solved through dialogue.
Both sides should adopt a more flexible attitude."
The Anadolu team has also met in Turkey Luiz
Bakar, a jurist and spokeswomen for the Patriarchate, who talks and
answers the questions without any hesitation.
"We have 18 schools, 2 hospitals and 38 churches" she said while
regretting the decrease of the number of churches in Anatolia.
Our questions focused on the "problems" that
the community faces, however we noticed after visiting their homes and
churches, that on a perso-nal level, their worries are not so much
different than the Turks'. "Our major common
problem is the fact that our foundations cannot receive subsidies.
Henceforth, it is allowed for foundations to receive donations thanks
to the new laws passed; however it is still difficult in practice. We
will see how things will evolve with time."