Des travaux scientifiques ont prouvé en recourant aux méthodes
classiques de la critique interne et externe des documents que ces
soi-disant instructions avaient été fabriquées par Andonian.
L'histoire contemporaine fournit des exemples
de documents fabriqués à l'appui d'une thèse. L'exemple le plus
classique est le fameux Protocole des Sages de Sion qui fut largement
utilisé par les Nazis dans leurs attaques contre les Juifs.
En dehors de ces fameuses instructions, aucun
historien n'a pu fournir la preuve que les dirigeants de l'Empire
ottoman avaient prôné une idéologie qui visait à exterminer le peuple
arménien. Et cela est d'autant plus invraisemblable que, d'une part,
tous les historiens reconnaissent que l'Empire ottoman avait une
politique libérale vis-à-vis des minorités établies sur son territoire,
et que d'autre part, le gouvernement ottoman comptait en son sein de
nombreux Arméniens qui occupaient des fonctions importantes.
ü Les propos de Hitler
Le second élément, souvent invoqué par les
propagandistes arméniens, est la fameuse réflexion qu'Hitler aurait
prononcée à Berchtesgaden: "Qui se souvient aujourd'hui du massacre des
Arméniens ?"
Cette phrase est souvent reprise par les
hommes politiques, et en particulier a été souvent citée par certains
membres du Congrès américain. Un professeur américain, Heath Lowry, a
recherché dans une étude approfondie si Hitler avait réellement
prononcé cette phrase.
Il résulte de ces travaux que cette phrase
avait été évoquée lors du procès de Nuremberg et que le Tribunal avait
considéré que cette déclaration était apocryphe. Cela, n'a pas empêché
une vingtaine de membres du Congrès américain de reprendre la même
citation lors de leurs campagnes électorales devant leurs électeurs
arméniens.
3. Les déportations de Malte :
une tentative de tribunal international
Enfin, la preuve la plus pertinente que l'on
puisse apporter sur l'absence de génocide, l'absence d'instructions
données par le gouvernement ottoman concernant le sort des Arméniens,
concerne la tentative de mise en jugement des dirigeants turcs à la
suite de leur déportation à Malte.
Rappelons brièvement les faits : en novembre
1918, à la suite de l'armistice de Moudros, les troupes alliées sous le
commandement d'un amiral anglais occupent Istanbul. Les gouvernements
alliés décident de procéder à l'arrestation des principaux dirigeants
turcs parmi lesquels de nombreux minis-tres et de les déporter à Malte.
Ces arrestations ont été suscitées en grande partie par les dirigeants
arméniens qui veulent faire juger ces personnalités turques par un
tribunal international.
Dès 1918, date de leur internement à Malte,
jusqu'en 1921, les gouvernements alliés vont tenter de créer une sorte
de tribunal international à l'effet de juger ces dirigeants.
Une enquête approfondie est menée par les
autorités britanniques à l'effet de réunir des preuves contre ces
dirigeants sur leur rôle dans le sort des Arméniens.
Il est difficile de soutenir que les alliés
n'ont pas eu la possibilité de réunir ces preuves puisqu'ils occupent
la capitale, et qu'ils ont à leur disposition toutes les archives
ottomanes. Or après trois ans d'investigation, la collation des preuves
s'avère décevante et les alliés abandonnent l'idée de constituer un
tribunal international.
Tous les documents officiels britanniques
relatifs à cette affaire ont été publiés. Remarquons que jamais aucune
référence n'y est faite par les soi-disant historiens français tels que
Chaliand, Carzou et Ternon.
A la lumière de ces quelques exemples - et on
pourrait en citer beaucoup d'autres - j'ai tenté de vous démontrer
combien il est difficile d'écrire l'histoire, tant les passions sont à
vif.
La vérité est qu'il faudra encore des
décennies d'études approfondies faites par des historiens et non des
militants, avant qu'on puisse reconstituer avec certitude la trame des
événements. Et il ne faut pas se dissimuler qu'il restera toujours des
zones d'ombre, des points de contestation, des témoignages
contradictoires.
Mais dans un domaine qui suscite tant de
passions, c'est commettre une mauvaise action que de présenter comme
une vérité historique ce qui n'est qu'approximation, majoration,
raisonnement à partir de documents tronqués ou faux. La modestie
s'impose.
LA REVOLTE DES ARMENIENS CONTRE
LES ARMEES TURQUES
Le drame du peuple arménien en 1915 est
suf-fisamment triste sans qu'il soit besoin d'en rajouter. C'est, ne
l'oublions pas, le drame d'un peuple divisé, peuple divisé entre deux
pays, la Russie et la Turquie, peuple divisé contre lui-même si l'on en
juge par les positions contradictoires adoptées par les mouvements
politiques qui l'ont guidé depuis la fin du XIXème siècle ; peuple
ballotté entre les grandes puissances qui ont vu en lui tantôt un moyen
d'affaiblir l'Empire ottoman, tantôt un allié temporaire. Peuple
chrétien minoritaire dans un pays islamique, car ne l'oublions pas, la
population arménienne n'était pas majoritaire dans l'est de la Turquie.
Peuple qui fut entraîné en 1914 dans une lutte
fratricide, puisque les armées turques comprenaient des soldats
arméniens qui se battaient contre leurs frères de sang incorporés dans
l'armée russe.
Peuple victime d'une guerre internationale à
laquelle devait s'ajouter une guerre civile. Peuple devenu suspect pour
l'armée turque qui eut l'impression que pendant son combat contre
l'ennemi russe, les populations arméniennes cherchaient à profiter de
la faiblesse de l'Empire ottoman finissant pour obtenir l'indépendance.
Bien avant 1914, les Arméniens d'Anatolie
orientale avaient souvent manifesté une volonté d'autonomie sinon
d'indépendance.
lls crurent que l'heure était arrivée de se
libérer de la puissance turque. Cette dernière était terriblement
affaiblie; les troupes avaient subi des revers sérieux : un corps
d'armée de la IIIème armée turque fort de 90.000 hommes fut décimé en
quelques jours.
Au début de 1915, les armées alliées
débarquèrent à Gallipoli avec pour objectif Istanbul.
L'Empire ottoman était cerné de toutes parts.
C'est le moment que choisirent les éléments arméniens pour entrer en
dissidence. La réaction fut brutale, et cela se comprend dans un pays
qui avait à lutter sur tous les fronts, et se voyait pris à revers par
ses propres citoyens. Ceci explique que les populations arméniennes
furent évacuées vers le sud. Mais cette évacuation était la conséquence
de leur révolte. Par contre, les Arméniens d'lstanbul ne furent jamais
inquiétés.
Les documents arméniens eux-mêmes apportent la
preuve de cette révolte. Dans une note envoyée par la Délégation
Nationale Arménienne au Ministre français des Affaires étrangères, le
30 novembre 1918, elle insiste sur I'aide apportée par les Arméniens
aux puissances de l'Entente:
"En Palestine et en Syrie, où les volontaires
arméniens recrutés par la Délégation Nationale à la demande même du
Gouvernement de la République, ont formé plus de la moitié du
contingent français et ont pris une grande part à la victoire du
Général Allenby, ainsi que ce dernier et leurs chefs français I'ont
officiellement déclaré.
Au Caucase où, sans parler des 150.000
Arméniens dans l'Armée Impériale Russe, plus de 40.000 de leurs
volontaires ont contribué à la libération d'une partie des villages
arméniens et où, sous le commandement de leurs chefs Antranik et
Mazarhehoff, ils ont seuls de tous les peuples du Caucase, après la
défection bolchévique, tenu tête aux armées turques jusqu'à la
signature de l'Armistice.
Que la victoire des Alliés et des Etats-Unis,
en vertu des principes de Justice, de Droit et de Libération des
peuples opprimés pour lesquels ils ont combattu, a définitivement
affranchi du joug turc les six vilayets et la Cilicie avec le Sandjak
de Marach."
Dans ce combat sans merci entre les forces
turques et russes, dans ce climat de guerre civile, dans un pays
frontalier à feu et à sang, soumis à la famine et aux épidémies, où les
Turcs, les Arméni-ens et les Kurdes s'entretuent dans un ultime
sursaut, qui peut ventiler les responsabilités, alors que les moyens
d'information, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, sont
pratiquement inexistants.
Dans cette statistique macabre, tant
d'inconnues, tant de zones d'ombre, que les véritables historiens, et
non les propagandistes, ne sont pas arrivés à tirer au clair de façon
définitive.
L'ASSIMILATION AU GENOCIDE JUIF
En conclusion, je voudrais réfuter la thèse
qui consiste à assimiler le "génocide arménien" au génocide juif.
Le génocide est devenu un concept précis de
droit international, et les événements de 1915 ne répondent à aucun
critère du génocide. Sinon toute guerre étrangère, toute guerre civile,
qui ont entraîné de nombreuses victimes seraient qualifiées de
génocide. Le seul exemple, et heureusement l'unique exemple de génocide
véritable, est le génocide des Juifs lors de la dernière guerre.
L'assimilation au génocide juif est totalement
factice.
Le "génocide arménien" n'a jamais été
universellement reconnu, y compris par la seule organisation
internationale véritable, l'ONU. La preuve en est dans le rejet par
l'ONU de la Résolution 30, qui visait à faire reconnaître le "génocide
arménien".
Le peuple juif n'a par définition jamais
entamé une révolte sous le régime nazi, puisque, dès le début, il a été
expulsé. Les Nazis ont été chercher les Juifs étrangers dans leurs pays
pour les exterminer. L'Empire ottoman n'a jamais agi ainsi.
L'Empire ottoman n'a jamais eu une idéologie
exterminatrice vis-à-vis des Arméniens. Les historiens n'ont jamais
cité de documents officiels turcs soutenant de telles thèses.
Le nazisme en a fait au contraire une des
bases de sa politique, et a produit une littérature abondante sur la
nécessité d'exterminer le peuple juif.
Le nazisme, pendant la paix, dès son accession
au pouvoir, s'est attaqué au peuple juif et a chassé dès 1933 une
grande partie de ses membres.
En 1914, le peuple arménien vivait en paix
dans l'Empire ottoman, avait à tous les échelons des représentants :
ministres, députés, hauts fonctionnaires, etc...
Plusieurs ministres célèbres de l'Empire
ottoman étaient des Arméniens, et on ne compte pas les hauts
fonctionnaires arméniens de la Sublime Porte.
Combien de Juifs a comporté le gouvernement du
IIIème Reich ?
Alors comme on ne pouvait aboutir à cette
reconnaissance, on a crée des soi-disant tribunaux internationaux, où
la sentence est rendue d'avance puisque par définition l'accusé ne
comparait pas et ne peut faire valoir ses moyens. On croit
impressionner les foules en faisant signer quelques pétitions à des
personnalités connues, qui ont la vanité de croire qu'elles
représentent la conscience universelle.
Dans un livre intitulé "Histoire des
Arméniens", publié récemment chez Privat, un chapitre rédigé par Y.
Ternon est consacré au "génocide de Turquie et la Guerre 1914-1923".
Ce dernier écrit : "Faute de documents
turcs sans doute détruits, on épiloguera longtemps avant de savoir si
le génocide des Arméniens fut prémédité de longue main ou décidé au
cours des premiers mois de la guerre. L'analyse des événements et
l'étude des mentalités des Jeunes Turcs permettent toutefois de
conclure à la seconde hypothèse."
Des hypothèses peut-être, mais où sont les
preuves ? Est-ce ainsi que l'on écrit l'histoire?
....
Il est évident que la fixation sur le
génocide, l'obsession de génocide comporte un grand danger. L'identité
d'un peuple ne saurait se limiter aux désastres qu'il a subis.
Les Arméniens les plus conscients savent que
leur culture n'est pas faite que de souvenirs affreux, qu'une culture
qui se nourrirait du seul génocide serait rapidement une culture sans
substance.
Plutôt que de nourrir une haine ancestrale,
plutôt que d'invoquer sans cesse le sang des victimes, plu-tôt que de
réécrire l'histoire au gré de leurs passions, les accusés présents ici,
qui ont fait leurs études au Séminaire arménien de Jérusalem, auraient
dû s'inspirer du message que livre cette ville, berceau des trois
grandes religions monothéistes : la juive, la chrétienne, la musulmane,
religions qui délivrent toutes les trois le même message: non un
message de haine et de violence, mais un message de justice et de paix.
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