Turkish View on Alleged Armenian Genocide

Plaidorie de Maître Jean Loyrette (Proces d'Orly) 1985 [ Anadolu .. 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 .. ]



Plaidorie de Maître Jean Loyrette (Proces d'Orly) 1985 [ Anadolu .. 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 .. ]


des documents de seconde main. Ces ouvrages avaient pour la plupart une visée apologétique : faire communier les pays occidentaux aux souffrances réelles du peuple  arménien.
     De l'autre côté, l'école historique turque est restée pratiquement muette pendant soixante ans. Ce n'est qu'il y a une dizaine d'années que les universitaires, les historiens, les diplomates turcs ont commencé à creuser le problème et à démontrer, documents à l'appui, combien les affirmations des premiers historiens arméniens étaient fragiles. On assiste aujourd'hui à une floraison d'ouvrages historiques écrits dans une perspective scientifique et vous en avez eu la preuve avec les éminents professeurs de l'Université d'Ankara qui sont venus témoigner devant vous.
     Les trois ouvrages publiés en français (Carzou, Chaliand, Ternon), et qui sont sans cesse repris dans les procès arméniens ou dans les tracts des groupuscules révolutionnaires sont l'oeuvre d'amateurs qui n'ont pas une véritable formation d'historien, ignorent la langue turque et ne font jamais référence, ne serait-ce que pour le critiquer, au moindre document turc.
     Ils portent une responsabilité dans cette oeuvre de désinformation, et cette responsabilité est d'autant plus lourde qu'ils savent parfaitement que des deux côtés, les passions devant l'ampleur du drame sont à vif.
     Ce n'est point le lieu de faire ex cathedra un cours d'histoire contemporaine sur les événements de 14-18, et la chute de l'Empire ottoman, et le sort des populations arméniennes, mais je voudrais néanmoins, à l'aide de quelques exemples, vous montrer combien la passion de convaincre peut égarer les esprits.
2. Le contexte historique et géographique
     Les malheurs du peuple arménien ont plané sans cesse sur ces audiences. Les accusés, comme la défense, se sont référés constamment à l'histoire de ce peuple et en particulier à la période de la guerre de 14-18 et plus particulièrement aux événements d'avril 1915.
     Il n'est pas inutile, pour la compréhension du problème, de rappeler quelques notions élémentaires d'histoire et de géographie.
     Le peuple arménien était au début de la guerre de 1914 essentiellement concentré à la frontière russo-turque. Du côté turc, il occupait principalement six vilayets (départements) situés en Anatolie orientale.
     La population arménienne de Russie était principalement concentrée dans ce qui est aujourd'hui la République soviétique arménienne. Mais des colonies arméniennes importantes étaient réparties dans d'autres régions de l'Empire tsariste : Caucase, Géorgie, Azerbaïdjan, sans oublier la Russie d'Europe.
     La population arménienne de l'Empire tsariste était évaluée en 1914 à 2.000.000 de personnes et elle augmenta sensiblement pendant la période de 14-18 du fait de l'afflux de réfugiés provenant de l'Empire ottoman.
     D'après la Commission des Emigrants de la Société des Nations, il apparaît qu'il y eut pendant la première guerre mondiale entre 400.000 et 420.000 arméniens qui émigrèrent de Turquie en Russie.
     La population arménienne de l'Empire ottoman avait fait l'objet d'un recensement en 1913, qui l'avait évaluée à 1.300.000 personnes. Nous verrons que suivant les besoins de la cause arménienne, on fait varier cette population du simple au double pour pouvoir ainsi augmenter le nombre des victimes.
     Un point sur lequel il faut insister, c'est que la population arménienne n'a jamais été majoritaire dans les départements de l'Anatolie orientale où elle était concentrée; ce point n'est même pas contesté par les historiens les plus favorables à la cause arménienne.
     Dès avant la guerre de 14-18, de nombreux arméniens s'étaient expatriés en Occident comme le firent les Irlandais aux Etats-Unis.
     Enfin, les régions dans lesquelles vivait la population arménienne étaient très sous-développées et dans un état sanitaire déficient. Les ravages de la guerre russo-turque, où le front se déplaçait sans cesse, ont fait empirer cette situation; ce qui explique la famine et les épidémies qui ont atteint sans distinction les populations arméniennes et turques.
     A la fin du XIXe siècle, le peuple arménien, tant en Russie qu'en Turquie, avait manifesté une vive volonté d'autonomie. Les puissances étrangères s'y étaient intéressées et l'avaient encouragé.
     Mais leur intérêt pour la question arménienne évoquée lors des conférences de Berlin en 1878 n'était pas innocent. Les puissances étrangères poursuivaient des intérêts égoïstes : affaiblir l'Empire ottoman. Le peuple arménien fut le jeu de ces puissances, pris en tenaille entre la puissance turque soucieuse de maintenir l'ordre sur son territoire et les puissances étrangères, surtout l'Angleterre et la Russie, jouant de l'autonomie arménienne comme d'un atout dans leur politique de déstabilisation de l'Empire ottoman.
     Le soutien fut à éclipse, et après la guerre de 14-18, les puissances alliées, tout en apportant une aide humanitaire à la diaspora arménienne, se gardèrent bien d'aller plus avant, et l'abandonnèrent a son sort.
     Le Traité de Lausanne signé en 1923, qui réglait sur le plan international l'avenir de la Turquie nouvelle, ne mentionnait plus le problème arménien.
     Pour vous montrer combien il est difficile d'écrire l'histoire, je voudrais simplement me référer à trois exemples précis qui vous montreront combien il est difficile, dans une question aussi complexe, de se faire une religion : le nombre des victimes arméniennes, l'utilisation de faux documents et les déportations de Malte.
a. Le nombre des victimes arméniennes
     Le premier point qui frappe l'observation est la manipulation des statistiques des victimes. Combien y a-t-il eu de victimes à la suite des événements de 1915 : 300.000, 600.000, 1.000.000, 1.500.000, 2.000.000 ? La réponse n'est pas indifférente car on ne peut parler de génocide que s'il y a extermination massive d'une population.
     Or, il est surprenant de constater que suivant les besoins de la cause, le nombre des victimes varie du simple au sextuple.
     Prenez le cas d'une encyclopédie qui a une réputation de sérieux. Si vous consultez la grande encyclopédie Larousse, au mot "génocide", vous lirez que les événements de 1915 ont provoqué la mort de 300.000 personnes. Si vous vous reportez au mot "arménien", ce n'est plus 300.000 mais 600.000 victimes.
     Si vous vous reportez aux ouvrages de ces historiens propagandistes que j'évoquais tout à l'heure, ce n'est plus 300.000 ou 600.000, mais 1.200.000 et 1.500.000. Chaliand et Ternon, dans leur livre sur le génocide arménien, mentionnent ainsi le chiffre de 1.200.000 a 1.500.000 victimes.
     Et un de mes excellents confrères d'Aix, sans doute emporté par son éloquence, donnait un coup de pouce supplémentaire aux statistiques et n'hésitait pas a parler de 2.000.000 de victimes.
     Or il est de bon sens que le nombre des victimes ne peut excéder le nombre des arméniens qui résidaient en Anatolie, à la frontière russo-turque, et dont une grande partie à la suite des événements de la guerre a été évacuée vers d'autres régions de l'Empire ottoman.
     Un livre récent, oeuvre du diplomate Kamuran Gürün, ancien Secrétaire Général du Ministère des Affaires étrangères, a fait une étude exhaustive basée sur l'ensemble des archives turques, françaises, anglaises, allemandes, ainsi que celles du patriarcat arménien d'lstanbul, et il est arrivé à la conclusion que la population arménienne n'excédait pas à cette époque 1.300.000 personnes. Compte tenu des arméniens qui ont rejoint la Russie, et que l'on chiffre a 400.000, de ceux qui ont rejoint d'autres parties de l'Empire ottoman, et de ceux en particulier qui sont restés a Istanbul et qui sont en grande majorité toujours là, Kamuran Gürün arrive à la conclusion que les événements de 1915 ont provoqué la mort de 300.000 personnes.
     Si tous les arméniens avaient été peu ou prou massacrés, comment expliquerait-on que près de 200.000 arméniens continuent à vivre au Moyen-Orient, que 300.000 Français d'origine arménienne sont établis a Paris, à Lyon et le long de la vallée du Rhône jusqu'à Marseille, sans compter 500.000 / 600.000 arméniens qui vivent aux Etats-Unis ?
     Comment expliquerait-on que d'après Le Monde Diplomatique, la diaspora arménienne compte plus de l.500.000 personnes?
     En somme, de quelque façon qu'on fasse le calcul, le nombre d'arméniens qui, pour différentes raisons, perdirent la vie au cours de la première guerre mondiale, ne dépasse pas 300.000 ; ce chiffre comprenant les pertes occasionnées par diverses causes pendant le transfert, le nombre de ceux qui furent massacrés est encore moins élevé.
     Aucune statistique fiable n'a jamais été publiée sur les massacres auxquels se sont livrés l'une vis-à-vis de l'autre les deux communautés ou plus exactement les trois communautés. Tous les historiens arméniens mentionnent que les "Kurdes", qui ont toujours fait preuve d'une vive hostilité à l'encontre des arméniens d'Anatolie, ont aussi massacré des arméniens. Les bandes "kurdes" ont sans cesse pillé et rançonné les arméniens.
     Il y a là pour les historiens, comme dans beaucoup d'autres cas, des zones d'ombre qu'on doit renoncer à percer et il ne sert à rien d'y substituer l'imagination.
     Ceci n'a rien de stupéfiant si l'on songe qu'à une époque plus récente, et dans un pays proche de nous, les historiens de la guerre civile espagnole épiloguent encore sur les massacres opérés par les républicains sur les nationalistes et inversement.
     300.000 morts, n'est-ce pas un drame en soi, et est-il équitable de multiplier le nombre des victimes pour accréditer la thèse du soi-disant génocide ? Faut-il rappeler -et cela, arméniens et Occidentaux, ne le contestent pas- que la Turquie, qui avait alors une population de 18 millions d'habitants, a perdu de 1914 à 1918 près de 2.500.000 de ses fils soit par faits de guerre, soit par épidémies et famines ?
b. L'utilisation des faux: nous en avons deux exemples frappants
ü Les télégrammes de Talât Pacha
      Comme on vous l'a expliqué, l'argument essentiel développé et sans cesse repris au fil des années par les propagandistes arméniens concerne les soi-disant instructions qui auraient été données par Talât Pacha, à l'époque Ministre de l'Intérieur, à l'effet de supprimer la population arménienne des marches de l'Empire ottoman.
     Des études approfondies, effectuées depuis plusieurs années et dont le Professeur Ataöv qui a déposé devant vous est le principal spécialiste, ont démontré que ces soi-disant instructions avaient été purement et simplement fabriqués par un arménien.
     Après la guerre de 14-18, un arménien, Andonian, publia en plusieurs langues un livre qui racontait qu'il avait obtenu à Alep, d'un fonctionnaire turc, Naim Bey, les instructions télégraphiques qui auraient été envoyées au gouverneur turc d'Alep, ordonnant le massacre des Arméniens.