des
documents de seconde main. Ces ouvrages avaient pour la plupart une
visée apologétique : faire communier les pays occidentaux aux
souffrances réelles du peuple arménien.
De l'autre côté, l'école historique turque est
restée pratiquement muette pendant soixante ans. Ce n'est qu'il y a une
dizaine d'années que les universitaires, les historiens, les diplomates
turcs ont commencé à creuser le problème et à démontrer, documents à
l'appui, combien les affirmations des premiers historiens arméniens
étaient fragiles. On assiste aujourd'hui à une floraison d'ouvrages
historiques écrits dans une perspective scientifique et vous en avez eu
la preuve avec les éminents professeurs de l'Université d'Ankara qui
sont venus témoigner devant vous.
Les trois ouvrages publiés en français
(Carzou, Chaliand, Ternon), et qui sont sans cesse repris dans les
procès arméniens ou dans les tracts des groupuscules révolutionnaires
sont l'oeuvre d'amateurs qui n'ont pas une véritable formation
d'historien, ignorent la langue turque et ne font jamais référence, ne
serait-ce que pour le critiquer, au moindre document turc.
Ils portent une responsabilité dans cette
oeuvre de désinformation, et cette responsabilité est d'autant plus
lourde qu'ils savent parfaitement que des deux côtés, les passions
devant l'ampleur du drame sont à vif.
Ce n'est point le lieu de faire ex cathedra un
cours d'histoire contemporaine sur les événements de 14-18, et la chute
de l'Empire ottoman, et le sort des populations arméniennes, mais je
voudrais néanmoins, à l'aide de quelques exemples, vous montrer combien
la passion de convaincre peut égarer les esprits.
2. Le contexte historique et géographique
Les malheurs du peuple arménien ont plané sans
cesse sur ces audiences. Les accusés, comme la défense, se sont référés
constamment à l'histoire de ce peuple et en particulier à la période de
la guerre de 14-18 et plus particulièrement aux événements d'avril
1915.
Il n'est pas inutile, pour la compréhension du
problème, de rappeler quelques notions élémentaires d'histoire et de
géographie.
Le peuple arménien était au début de la guerre
de 1914 essentiellement concentré à la frontière russo-turque. Du côté
turc, il occupait principalement six vilayets (départements) situés en
Anatolie orientale.
La population arménienne de Russie était
principalement concentrée dans ce qui est aujourd'hui la République
soviétique arménienne. Mais des colonies arméniennes importantes
étaient réparties dans d'autres régions de l'Empire tsariste : Caucase,
Géorgie, Azerbaïdjan, sans oublier la Russie d'Europe.
La population arménienne de l'Empire tsariste
était évaluée en 1914 à 2.000.000 de personnes et elle augmenta
sensiblement pendant la période de 14-18 du fait de l'afflux de
réfugiés provenant de l'Empire ottoman.
D'après la Commission des Emigrants de la
Société des Nations, il apparaît qu'il y eut pendant la première guerre
mondiale entre 400.000 et 420.000 arméniens qui émigrèrent de Turquie
en Russie.
La population arménienne de l'Empire ottoman
avait fait l'objet d'un recensement en 1913, qui l'avait évaluée à
1.300.000 personnes. Nous verrons que suivant les besoins de la cause
arménienne, on fait varier cette population du simple au double pour
pouvoir ainsi augmenter le nombre des victimes.
Un point sur lequel il faut insister, c'est
que la population arménienne n'a jamais été majoritaire dans les
départements de l'Anatolie orientale où elle était concentrée; ce point
n'est même pas contesté par les historiens les plus favorables à la
cause arménienne.
Dès avant la guerre de 14-18, de nombreux
arméniens s'étaient expatriés en Occident comme le firent les Irlandais
aux Etats-Unis.
Enfin, les régions dans lesquelles vivait la
population arménienne étaient très sous-développées et dans un état
sanitaire déficient. Les ravages de la guerre russo-turque, où le front
se déplaçait sans cesse, ont fait empirer cette situation; ce qui
explique la famine et les épidémies qui ont atteint sans distinction
les populations arméniennes et turques.
A la fin du XIXe siècle, le peuple arménien,
tant en Russie qu'en Turquie, avait manifesté une vive volonté
d'autonomie. Les puissances étrangères s'y étaient intéressées et
l'avaient encouragé.
Mais leur intérêt pour la question arménienne
évoquée lors des conférences de Berlin en 1878 n'était pas innocent.
Les puissances étrangères poursuivaient des intérêts égoïstes :
affaiblir l'Empire ottoman. Le peuple arménien fut le jeu de ces
puissances, pris en tenaille entre la puissance turque soucieuse de
maintenir l'ordre sur son territoire et les puissances étrangères,
surtout l'Angleterre et la Russie, jouant de l'autonomie arménienne
comme d'un atout dans leur politique de déstabilisation de l'Empire
ottoman.
Le soutien fut à éclipse, et après la guerre
de 14-18, les puissances alliées, tout en apportant une aide
humanitaire à la diaspora arménienne, se gardèrent bien d'aller plus
avant, et l'abandonnèrent a son sort.
Le Traité de Lausanne signé en 1923, qui
réglait sur le plan international l'avenir de la Turquie nouvelle, ne
mentionnait plus le problème arménien.
Pour vous montrer combien il est difficile
d'écrire l'histoire, je voudrais simplement me référer à trois exemples
précis qui vous montreront combien il est difficile, dans une question
aussi complexe, de se faire une religion : le nombre des victimes
arméniennes, l'utilisation de faux documents et les déportations de
Malte.
a. Le nombre des victimes arméniennes
Le premier point qui frappe l'observation est
la manipulation des statistiques des victimes. Combien y a-t-il eu de
victimes à la suite des événements de 1915 : 300.000, 600.000,
1.000.000, 1.500.000, 2.000.000 ? La réponse n'est pas indifférente car
on ne peut parler de génocide que s'il y a extermination massive d'une
population.
Or, il est surprenant de constater que suivant
les besoins de la cause, le nombre des victimes varie du simple au
sextuple.
Prenez le cas d'une encyclopédie qui a une
réputation de sérieux. Si vous consultez la grande encyclopédie
Larousse, au mot "génocide", vous lirez que les événements de 1915 ont
provoqué la mort de 300.000 personnes. Si vous vous reportez au mot
"arménien", ce n'est plus 300.000 mais 600.000 victimes.
Si vous vous reportez aux ouvrages de ces
historiens propagandistes que j'évoquais tout à l'heure, ce n'est plus
300.000 ou 600.000, mais 1.200.000 et 1.500.000. Chaliand et Ternon,
dans leur livre sur le génocide arménien, mentionnent ainsi le chiffre
de 1.200.000 a 1.500.000 victimes.
Et un de mes excellents confrères d'Aix, sans
doute emporté par son éloquence, donnait un coup de pouce
supplémentaire aux statistiques et n'hésitait pas a parler de 2.000.000
de victimes.
Or il est de bon sens que le nombre des
victimes ne peut excéder le nombre des arméniens qui résidaient en
Anatolie, à la frontière russo-turque, et dont une grande partie à la
suite des événements de la guerre a été évacuée vers d'autres régions
de l'Empire ottoman.
Un livre récent, oeuvre du diplomate Kamuran
Gürün, ancien Secrétaire Général du Ministère des Affaires étrangères,
a fait une étude exhaustive basée sur l'ensemble des archives turques,
françaises, anglaises, allemandes, ainsi que celles du patriarcat
arménien d'lstanbul, et il est arrivé à la conclusion que la population
arménienne n'excédait pas à cette époque 1.300.000 personnes. Compte
tenu des arméniens qui ont rejoint la Russie, et que l'on chiffre a
400.000, de ceux qui ont rejoint d'autres parties de l'Empire ottoman,
et de ceux en particulier qui sont restés a Istanbul et qui sont en
grande majorité toujours là, Kamuran Gürün arrive à la conclusion que
les événements de 1915 ont provoqué la mort de 300.000 personnes.
Si tous les arméniens avaient été peu ou prou
massacrés, comment expliquerait-on que près de 200.000 arméniens
continuent à vivre au Moyen-Orient, que 300.000 Français d'origine
arménienne sont établis a Paris, à Lyon et le long de la vallée du
Rhône jusqu'à Marseille, sans compter 500.000 / 600.000 arméniens qui
vivent aux Etats-Unis ?
Comment expliquerait-on que d'après Le Monde
Diplomatique, la diaspora arménienne compte plus de l.500.000
personnes?
En somme, de quelque façon qu'on fasse le
calcul, le nombre d'arméniens qui, pour différentes raisons, perdirent
la vie au cours de la première guerre mondiale, ne dépasse pas 300.000
; ce chiffre comprenant les pertes occasionnées par diverses causes
pendant le transfert, le nombre de ceux qui furent massacrés est encore
moins élevé.
Aucune statistique fiable n'a jamais été
publiée sur les massacres auxquels se sont livrés l'une vis-à-vis de
l'autre les deux communautés ou plus exactement les trois communautés.
Tous les historiens arméniens mentionnent que les "Kurdes", qui ont
toujours fait preuve d'une vive hostilité à l'encontre des arméniens
d'Anatolie, ont aussi massacré des arméniens. Les bandes "kurdes" ont
sans cesse pillé et rançonné les arméniens.
Il y a là pour les historiens, comme dans
beaucoup d'autres cas, des zones d'ombre qu'on doit renoncer à percer
et il ne sert à rien d'y substituer l'imagination.
Ceci n'a rien de stupéfiant si l'on songe qu'à
une époque plus récente, et dans un pays proche de nous, les historiens
de la guerre civile espagnole épiloguent encore sur les massacres
opérés par les républicains sur les nationalistes et inversement.
300.000 morts, n'est-ce pas un drame en soi,
et est-il équitable de multiplier le nombre des victimes pour
accréditer la thèse du soi-disant génocide ? Faut-il rappeler -et cela,
arméniens et Occidentaux, ne le contestent pas- que la Turquie, qui
avait alors une population de 18 millions d'habitants, a perdu de 1914
à 1918 près de 2.500.000 de ses fils soit par faits de guerre, soit par
épidémies et famines ?
b. L'utilisation des faux: nous en avons deux exemples frappants
ü Les télégrammes de Talât Pacha
Comme on vous l'a expliqué, l'argument
essentiel développé et sans cesse repris au fil des années par les
propagandistes arméniens concerne les soi-disant instructions qui
auraient été données par Talât Pacha, à l'époque Ministre de
l'Intérieur, à l'effet de supprimer la population arménienne des
marches de l'Empire ottoman.
Des études approfondies, effectuées depuis
plusieurs années et dont le Professeur Ataöv qui a déposé devant vous
est le principal spécialiste, ont démontré que ces soi-disant
instructions avaient été purement et simplement fabriqués par un
arménien.
Après la guerre de 14-18, un arménien,
Andonian, publia en plusieurs langues un livre qui racontait qu'il
avait obtenu à Alep, d'un fonctionnaire turc, Naim Bey, les
instructions télégraphiques qui auraient été envoyées au gouverneur
turc d'Alep, ordonnant le massacre des Arméniens.