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Louis Michel ü     Tout le monde, parmi les dirigeants européens, dit que la Turquie a sa place dans l'UE. Nous savons tous qu'il y en a qui disent cela sincèrement tandis que d'autres n'y pensent même pas. D'ailleurs, nous croyons savoir que vous vous êtes assez énervé pendant le sommet de Copenhague à ce sujet. Qu'en ditesvous ?ü     Il est vrai que j'ai toujours été un fervent défenseur de l'adhésion de la Turquie à l'Union.  Je suis convaincu que la Turquie a sa place dans l'Union européenne et la Belgique s'est battue, lors du sommet de Copenhague pour qu'une date proche soit proposée afin d'examiner si les conditions d'ouverture des négociations d'adhésion sont remplies.     C'est donc à la lueur des critères dit de " Copenhague " (critères économiques et politiques) que l'Union examinera en décembre 2004 si les négociations peuvent  débuter.     Je constate que depuis la reconnaissance de son statut de pays candidat, en 1999, la Turquie n'a cessé de faire des efforts pour intégrer l'acquis communautaire.  Des réformes législatives importantes ont vu le jour.  Des progrès ont été accomplis en matière de protection des minorités, des droits de l'homme…     J'ai combattu avec force l'argument "religieux" récemment soulevé pour mettre en doute la place d'un Etat musulman en Europe. D'abord parce que je considère la Turquie comme un Etat laïc, un Etat impartial. Ensuite parce que cet argument me paraît dépassé à un moment où tout le monde s'accorde sur la nécessité d'un dialogue entre les civilisations.  L'Islam est une religion respectable. Seuls les éléments intégristes d'une religion quand ils mettent en péril l'impartialité de l'Etat sont inacceptables mais cela vaut pour toutes les religions.     La Turquie peut être le pays qui facilitera la compréhension entre les civilisations et les cultures. Elle peut jouer le rôle de médiateur entre l'Occident et le monde islamique.L'Europe devra veiller à ce que la séparation entre la Religion et l'Etat soit irréversible et être attentive à ce que l'Etat conserve son caractère laïc même lorsque l'armée aura abandonné le pouvoir qu'elle détient.   ü     Quel est votre message aux Turcs et aux Belges d'origine turque de Belgique et aux Turcs de Turquie qui ne sont finalement pas si loin de Bruxelles?      Le message que j'adresse aux uns comme aux autres est un message d'amitié, de tolérance, de soutien et de volonté de dialogue.     Pour les premiers, je dirais que la Belgique est une société multiculturelle et multiconfessionnelle et que le dialogue est plus que jamais nécessaire.                       Le premier principe sur lequel se fonde un véritable dialogue des cultures, c'est d'abord l'égale dignité de toutes les cultures, leur vocation à s'interpénétrer et à s'enrichir les unes des autres dans un esprit de tolérance et de respect mutuel. Le second principe fondateur, inséparable du premier, c'est la nécessité de la diversité culturelle, le droit à la différence et à l'identité. Ce dialogue doit conduire à la réaffirmation des règles et des valeurs universelles que nous voulons mettre en place ensemble. Plusieurs centaines de milliers de turcs ont trouvé leur bonheur en Belgique et se sont intégrés en tant que citoyens belges.  Leur présence aux échelons les plus élevés de notre société, jusqu'au Parlement, est la preuve de leur talent et du succès de leur intégration.      Pour les seconds, je tiens à confirmer ma détermination et mon engagement en faveur de l'adhésion à l'Union européenne et mon soutien aux processus de réformes en cours qui rendront possible, dans un proche avenir, cette adhésion. Guy Verhofstadt     “Permettezmoi de rappeler ici que l'Union européenne a fixé des critères – lesdits critères de Copenhague – permettant de déterminer si un pays peut adhérer ou non.  Ces critères fixent le moment où un Etat candidat à l'adhésion peut entamer des négociations d'adhésion.  Le pays doit satisfaire à une série de normes politiques et économiques.  Au nombre de ces normes figurent le respect de l'Etat de droit et des règles démocratiques, la protection des minorités, la liberté d'opinion, la liberté de la presse, la lutte contre la corruption menée par un appareil policier et judiciaire indépendant, la présence d'une administration publique efficace, la capacité à résister à la pression concurrentielle et aux forces du marché.     Je me permets de rappeler ces quelques éléments car je constate que l'on mène aujourd'hui un faux débat sur les frontières de l'Europe.  Je qualifie ce débat de faux car il ne vise essentiellement que la Turquie.  Certains rêvent d'une Europe monoculturelle.  Ladite 'Europe des valeurs chrétiennes', comme si l'Europe n'avait pas également un fondement juif ou ne connaissait pas une forte tradition humaniste.  On ne pose plus la question de savoir si la Turquie satisfait aux critères de Copenhague.  Nous n'entendons que des éructations telles que: la Turquie estelle un pays européen?  N'occupetelle pas géographiquement une position trop périphérique?  N'estelle pas trop primitive?  Estelle véritablement habitée d'une vocation européenne?  Derrière ces questions se cache bien souvent une thèse inexprimée: la Turquie est un pays musulman et n'a en fait pas sa place au sein de la famille européenne.     Ce raisonnement est absurde. Il va à l'encontre d'un acquis des Lumières vieux de plus de deux cents ans et qui vit la séparation de l'Eglise et de l'Etat mettre un terme à de longs conflits religieux sanglants.  Une séparation de l'Eglise et de l'Etat que nous prônons aujourd'hui aux nouveaux venus dans notre société comme étant une valeur essentielle.     Nous ne pouvons tout de même pas concevoir qu'en matière de tolérance, l'Union européenne fasse moins que l'Empire ottoman où la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie ou la Serbie purent demeurer chrétiennes pendant des siècles.  La Turquie régna près de cinq cents ans sur une grande partie des Balkans, jusqu'au début du siècle passé.  Et durant toutes ces années, elle figura au nombre des grandes puissances européennes.  La Turquie a sa place au sein de l'Union européenne.  Quant à la question de savoir si la Turquie peut ou non adhérer à l'Union européenne, Helsinki y a répondu il y a trois ans.     Le moment où débuteront des négociations d'adhésion avec Ankara dépendra du moment où la Turquie respectera les critères de Copenhague.  La fixation de cette date dépend par conséquent de la Turquie.  Les résultats des dernières élections législatives ne changent rien à cette réalité.  L'électeur turc s'est exprimé librement et le nouveau gouvernement d'Ankara doit être jugé à la lumière de ses actes.”