LE
KEMALÝSME EST-ÝL TOUJOURS D'ACTUALITE ?Prof. Ahmet Taner KIÞLALI
Professeur de Sciences Politiques, Ecrivain, Ancien Ministre de la
Culture en Turquie.Ecrivait pour "Anadolu".Assassiné en 1999 par les
terroristes intégristes islamistesProfessor Politieke Wetenschappen,
schrijver, Oud minister van Cultuur in Turkije.Schreef voor
"Anadolu"Vermoord in 1999Door integristische
moslimterroristen Le kémalisme a sans nul doute jeté
les bases de la modernisation de la Turquie dans les années 1920. Mais
cette idéologie est-elle toujours d'actualité au lendemain d'un nouveau
millénaire et consécutivement à 70 années de mutations tant en Turquie
qu'à l'échelle mondiale? Le temps serait-il venu d'abandonner du moins
certains de ses principes? Le nationalisme
kémaliste défend les concepts de la liberté et de l'égalité des
nations. Il exclut de l'idée de la nation toute connotation raciale ou
religieuse pour la définir comme "une formation reposant sur un passé
commun, une langue commune et une culture commune". Dans un monde qui
connaît, sous l'effet du nationalisme ethnique, la violence et les
séparatismes douloureux, où des êtres de langue et d'origine ethnique
semblables s'entretuent du fait de leurs différences religieuses ou
doctrinales.... ...Et dans une Turquie héritière de
28 civilisations et où se parlent 17 langues...
Le "nationalisme" kémaliste serait-il vraiment devenu
obsolète? Le républicanisme
kémaliste est porteur du projet d'une démocratie participative
respectueuse des libertés et proche de la société
civile. Dans un monde où les régimes
totalitaires s'effondrent et où les nations les plus avancées sont
gouvernées par des démocraties
participatives.... Et dans une Turquie où
l'organisation de la société civile instaurée il y a 70 ans par Atatürk
s'étatise, où la culture démocratique régresse et où s'accumulent les
obstacles à la participation sous toutes ses
formes.... Le "républicanisme" kémaliste
serait-il vraiment devenu obsolète? Le
laicisme kémaliste prône le respect de la religion tout en prohibant
l'interaction du politique et du religieux. Une société qui recherche
des solutions rationnelles et scientifiques aux problèmes se doit de
prévoir un système d'"éducation nationale" à son tour basé sur la
raison et la connaissance. Elle s'oppose ainsi à ce que certaines
générations soient éduquées selon les principes démocratiques, et
d'autres sur la base des préceptes de l'Etat religieux.
Dans un monde où progressent les nations
basant leur développement sur la raison et la connaissance,
tandis que les prisonniers du fondamentalisme religieux demeurent dans
l'obscurantisme.... Et dans une Turquie où
s'élève la voix de ceux qui souhaitent créer un Etat religieux et
reléguer le peuple à l'obscurantisme du Moyen-Age, où l'on fait se
dresser face aux générations laiques des générations fondamentalistes,
et où l'Etat, depuis sa composante éducation nationale jusqu'à sa
composante affaires intérieures, commence à être sujet à l'intrusion de
la loi religieuse... Le "laïcisme"
kémaliste serait-il vraiment devenu obsolète?
Le populisme kémaliste reflète une
compréhension du socialisme qui renie les privilèges de classe et
l'élitisme pour lui privilégier la valeur du travail à l'échelle de la
société. Dans un monde où les démocraties se basent
sur l'équilibre entre le travail et le capital et où les démocrates ont
érigé la labeur en valeur suprême... Et dans
une Turquie où l'on tente -y compris par le truchement de la
Constitution- d'exclure la force du travail et les travailleurs hors de
la scène politique... Le "populisme" kémaliste
serait-il réellement devenu obsolète?
L'étatisme kémaliste se base sur une conception de l'Etat nullement
opposé, voire qui prête son appui au secteur privé dans l'économie,
mais qui prévoit cependant l'intervention étatique dans les cas où
l'intérêt général le requiert ou pour s'assurer de l'utilisation
optimale des ressources rares. Dans un monde
où règne une concurrence économique impitoyable, où même les grands
Etats éprouvent le besoin de soutenir directement les développements
technologiques pour protéger leur économie
nationale.... ...Et dans une Turquie qui compte
parmis les dix nations où l'inégalité dans le partage des revenus est
la plus grande, où les différences de développement régional donnent
lieu à des problèmes à échelle humaine...
L'"étatisme" kémaliste aurait-il effectivement perdu sa raison
d'être? L'esprit révolutionnaire
kémaliste est né de la nécessité de modifier des institutions dépassées
en en créant de nouvelles, mieux adaptées aux conditions de l'ère en
vigueur. Il se base sur l'idée d'une révolution permanente, d'un
renouvellement ininterrompu basé sur la raison et la connaissance,
ainsi que la définition et la mise en oeuvre de solutions
progressivistes à mesure que les conditions se
modifient. Dans un monde où les conditions
changent très rapidement et où les institutions vieillissent
vite.... Et dans une Turquie qui, au terme de
quarante années de règne par des pouvoirs hostiles au kémalisme, qui
tout en se clamant haut et fort d'Atatürk l'ont trahi sans relâche, où
la mentalité qui prévaut dans certaines de ses institutions rappelle
celle d'avant les années 1930... "L'esprit
révolutionnaire" kémaliste serait-il vraiment obsolète?
Que chacun se plonge dans sa propre conscience
pour répondre une à une à ces questions!