Diplomatiquement parlant [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Günter Verheugen



Diplomatiquement parlant [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Günter Verheugen


Oðuz Demiralp     Monsieur l'Ambassadeur, nous vous adressons nos questions avec l'espoir que vous nous répondrez d'une manière la moins diplomatique possible. Car nous sommes de l'avis qu'il y a trop de "non dit" sur les relations Turquie - UE. Il est évident que nous exprimons notre point de vue et nous faisons partie des "pro-européens déçus". Déçus de Bruxelles, déçus d'Ankara … Comment est-il possible que le gouvernement d'Ankara se dit satisfait des résultats du sommet de Copenhague, puisqu'on renvoie le départ des négociations d'adhésion aux calendes grecques ?ü     Si je n'étais pas un diplomate qui représente la Turquie, vous ne m'auriez pas posé ces questions. Je ne peux donc vous répondre qu'en tant que diplomate.     Le Gouvernement turc n'a jamais prétendu qu'il était satisfait des résultats du sommet de Copenhague. Bien au contraire, il a clairement déclaré que la décision du Conseil ne consti-tuait pas une réponse adéquate à la détermination du gouvernement de poursuivre le processus de réformes.     La Turquie a été reconnue comme candidate destinée à joindre l'Union européenne  par la décision du sommet d'Helsinki en décembre 1999. Cette décision a été confirmée par celle de Copenhague l'année dernière. Selon les termes de ce cadre bien défini, si la Commission européenne, dans son rapport annuel concernant la Turquie, juge que les critères de Copenhague sont remplis par notre pays, les négociations d'adhésion commenceront dans les plus brefs délais. Notre objectif est d'entamer les négociations dans les premiers mois de 2005.ü     Quelles nouvelles des réformes tant attendues ?ü     L'action de réforme en Turquie se poursuit sans relâche. Les paquets d'amendements législatifs adoptés aux mois d'août et novembre de l'année dernière seront prochainement suivis par une nouvelle vague de réformes.     D'après le " 6ème paquet de réformes " qui sera prochainement débattu à la Grande Assemblée Nationale de Turquie, neuf lois différentes y compris, le code électoral, le code des partis politiques, les lois sur l'audiovisuel et la propriété intellectuelle, la loi sur la lutte contre le terrorisme, la loi des fondations, le code d'urbanisme, le code pénal, et la loi sur le recensement seront modifiés.     Ces modifications, qui sont élaborées à la lumière du document de partenariat d'adhésion rédigé par la Commission il y a seulement deux mois, comprennent des avancées importantes en matière de droits de l'homme et de libertés individuelles parmi lesquelles figurent, entre autres des sujets concernant les langues locales, la possibilité d'acquérir des biens immobiliers pour les fondations étrangères, l'abolition de l'article 8 de la loi contre le terrorisme, etc.ü     La Turquie a rejeté les messages de Copenhague à propose de Chypre. On a l'impression que très peu de personnes connaissent l'origine et la profondeur du problème de Chypre. Le président français Jacques Chirac dit que l'UE n'a pas l'intention " d'importer ce problème ". De l'autre côté, la Commission fait une sorte de chantage en disant que si les chypriotes grecs entrent dans l'UE sans que le problème soit résolu, il ne sera même pas question qu'on entame les négociations d'adhésion avec la Turquie. Que va-t-il se passer ?ü     Je partage votre impression concernant le niveau de connaissance des milieux européens en ce qui concerne Chypre. Je salue aussi la sagesse politique de M. Chirac, qui avait exprimé son inquiétude relative à "l'importation d'un problème" au sein de l'Union européenne. Compte tenu du fait qu'il nous reste encore un an jusqu'à mai 2004 et que la République turque de Chypre du Nord poursuit ses efforts en vue d'une solution équitable et durable à Chypre, nous espérons que l'Union européenne et les Chypriotes grecs agiront d'une manière responsable et que la prophétie de M. Chirac ne se réalisera pas.
     En ce qui concerne les tentatives de rétablir un lien entre le commencement des négociations d'adhésion de la Turquie et la solution du problème de Chypre, je dois simplement répéter qu'elles ne sont pas bien fondées. Selon la décision du sommet de Copenhague, la Turquie est un pays candidat destiné à joindre l'UE sur la base de critères qui sont valables pour tous les pays candidats à l'adhésion. Une approche discriminatoire envers la Turquie n'est ni légitime ni acceptable. Comme vous le savez bien, la question chypriote ne fait pas partie des critères politiques, mais du dialogue politique renforcé. Si les règles de ce cadre bien établi ne sont pas respectées par nos amis de l'UE, ceux-ci seront avant tout en contradiction avec leurs propres principes et convictions.ü     Il y a des moments où nous n’en croyons pas nos oreilles … Voici quelques mois, Valery Giscard d'Estaing prouvait qu'il se faisait sérieusement vieux en disant que l'entrée de la Turquie serait la fin de l'UE. Voici quelques semaines, un parlementaire hollandais du Parlement européen, Arie Oostlander, conseillait à Ankara de renoncer au Kemalisme et à la laïcité. Lui aussi s'est fait tirer les oreilles par les siens. Puis, nous avons vu pendant la crise d'Irak que la Turquie n'était pas tout à fait comprise par ses alliés européens. Vous direz certainement que les choses s'arrangent avec le temps mais il y a un net manque de dialogue et de compréhension entre la Turquie et l'Europe de l'Ouest. Que faire ?ü     Il faut d'abord préciser que M. Giscard d'Estaing a dit que ses propos avaient été mal interprétés par la presse. Même si ce n'était pas le cas, reconnaissons que son discours a suscité une vive réaction dans les milieux concernés et qu'il n'a pratiquement pas recueilli de soutien au sein de la communauté politique européenne. Même son adjoint à la Convention, M. Dehaene, s'est prononcé contre l'avis de M. Giscard d'Estaing.     En ce qui concerne le rapport de M. Oostlander, vous avez vu aussi comment il a été critiqué et modifié par un nombre record d'amendement par le Parlement européen.     Quant à la perception de la politique turque envers la crise irakienne, il va sans dire que l'UE était elle-même divisée sur ce sujet.     Soyons clairs. On ne peut pas parler d'une Union européenne homogène ou monopolitique, qui a de bonnes ou mauvaises intentions envers la Turquie. Nous savons très bien que certains milieux politiques au sein de l'UE militent contre l'adhésion de la Turquie et avancent des arguments non-fondés concernant la non appartenance de la Turquie à l'Europe. Quoi qu'ils en disent, la Turquie fait partie de l'Europe. Historiquement, culturellement et géographiquement, elle appartient à l'Europe. Dans cette partie du monde, les Turcs et les autres nations européennes coexistent depuis des centaines d'années. L'appartenance de la Turquie à l'Europe est une réalité qui ne saurait être remise en question, même si elle ne fait pas encore partie de l'Union européenne. Quant aux relations entre la Turquie et l'Union européenne, elles se sont beaucoup développées surtout depuis la mise en œuvre de l'Union douanière. L'adhésion de la Turquie à l'UE sera une étape naturelle dans son processus d'intégration avec le reste de l'Europe. C'est un processus que la Turquie poursuit depuis la fondation de la République moderne et laïque par Atatürk.     D'autre part, ceux qui pensent que l'Union européenne n'a pas besoin de l'apport de la Turquie pour faire face aux défis du 21 ième siècle, manquent de vision stratégique.ü     Nous ne sommes pas là pour dessiner un tableau pessimiste. Finalement, s'il y a lieu d'être pessimiste, cela devrait concerner non pas l'avenir des relations Turquie - UE mais plutôt l'avenir même de l'UE. Mais vous, vous semblez toujours relativement optimiste. Quelles en sont les raisons ?ü     Je crois, avant tout, à la nécessité de ne pas se laisser emporter par des sentiments. C'est la règle d'or du professionnalisme qui s'applique dans tous les métiers. Mon action est donc dirigée non par mes sentiments mais par ma mission. Nous avons un objectif bien défini, qui consiste à entamer les négociations avec l'Union européenne dans des délais prévus. Nous oeuvrons dans ce sens
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