Relations UE - Turquie [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Diplomatiquement parlant



Relations UE - Turquie [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Diplomatiquement parlant


Guy Verhofstadt     “Permettez-moi de rappeler ici que l'Union européenne a fixé des critères – lesdits critères de Copenhague – permettant de déterminer si un pays peut adhérer ou non.  Ces critères fixent le moment où un Etat candidat à l'adhésion peut entamer des négociations d'adhésion.  Le pays doit satisfaire à une série de normes politiques et économiques.  Au nombre de ces normes figurent le respect de l'Etat de droit et des règles démocratiques, la protection des minorités, la liberté d'opinion, la liberté de la presse, la lutte contre la corruption menée par un appareil policier et judiciaire indépendant, la présence d'une administration publique efficace, la capacité à résister à la pression concurrentielle et aux forces du marché.     Je me permets de rappeler ces quelques éléments car je constate que l'on mène aujourd'hui un faux débat sur les frontières de l'Europe.  Je qualifie ce débat de faux car il ne vise essentiellement que la Turquie.  Certains rêvent d'une Europe monoculturelle.  Ladite 'Europe des valeurs chrétiennes', comme si l'Europe n'avait pas également un fondement juif ou ne connaissait pas une forte tradition humaniste.  On ne pose plus la question de savoir si la Turquie satisfait aux critères de Copenhague.  Nous n'entendons que des éructations telles que: la Turquie est-elle un pays européen?  N'occupe-t-elle pas géographiquement une position trop périphérique?  N'est-elle pas trop primitive?  Est-elle véritablement habitée d'une vocation européenne?  Derrière ces questions se cache bien souvent une thèse inexprimée: la Turquie est un pays musulman et n'a en fait pas sa place au sein de la famille européenne.     Ce raisonnement est absurde. Il va à l'encontre d'un acquis des Lumières vieux de plus de deux cents ans et qui vit la séparation de l'Eglise et de l'Etat mettre un terme à de longs conflits religieux sanglants.  Une séparation de l'Eglise et de l'Etat que nous prônons aujourd'hui aux nouveaux venus dans notre société comme étant une valeur essentielle.     Nous ne pouvons tout de même pas concevoir qu'en matière de tolérance, l'Union européenne fasse moins que l'Empire ottoman où la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie ou la Serbie purent demeurer chrétiennes pendant des siècles.  La Turquie régna près de cinq cents ans sur une grande partie des Balkans, jusqu'au début du siècle passé.  Et durant toutes ces années, elle figura au nombre des grandes puissances européennes.  La Turquie a sa place au sein de l'Union européenne.  Quant à la question de savoir si la Turquie peut ou non adhérer à l'Union européenne, Helsinki y a répondu il y a trois ans.     Le moment où débuteront des négociations d'adhésion avec Ankara dépendra du moment où la Turquie respectera les critères de Copenhague.  La fixation de cette date dépend par conséquent de la Turquie.  Les résultats des dernières élections législatives ne changent rien à cette réalité.  L'électeur turc s'est exprimé librement et le nouveau gouvernement d'Ankara doit être jugé à la lumière de ses actes.”    “Ik wil er hier aan herinneren dat de Unie criteria heeft opgesteld, de zogenaamde criteria van Kopenhagen, om te bepalen of een land kan toetreden of niet. Die criteria bepalen wanneer een kandidaat-lidstaat onderhandelingen over toetreding kan beginnen. Het land moet voldoen aan een aantal politieke en economische vereisten: het respect voor de rechtstaat en de democratische spelregels, de bescherming van de minderheden, de vrijheid van meningsuiting, de persvrijheid, de strijd tegen de corruptie door een onafhankelijk politie- en justitieapparaat, de aanwezigheid van een efficiënte overheidsadministratie, het vermogen om het hoofd te bieden aan de druk van de markt.     Ik herinner daar even aan, omdat er vandaag een vals debat bezig is over de grenzen van Europa. Vals, omdat het in essentie enkel Turkije viseert. Sommigen dromen van een zuiver monocultureel Europa. Het Europa van de christelijke waarden, alsof Europa niet ook een joodse fundering heeft en een sterke humanistische traditie kent. De vraag wordt niet langer gesteld of Turkije voldoet aan de criteria van Kopenhagen. Het enige wat men hoort zijn oprispingen in de trant van: is Turkije wel een Europees land? Is het geografisch niet te perifeer? Is het niet primitief? Heeft het wel een Europese roeping? Die vragen camoufleren de onuitgesproken stelling dat Turkije een moslimland is en in feite niet bij de Europese familie hoort.    Deze redenering is absurd. Ze gaat in tegen de verworvenheid van de Verlichting, waarbij de scheiding van kerk en staat een einde maakte aan eeuwenoude religieuze conflicten. Een scheiding van kerk en staat die we vandaag in onze eigen samenleving aan nieuwkomers uit de moslimlanden aanprijzen als een essentiële waarde.      De tolerantie van de Europese Unie kan toch moeilijk onderdoen voor die van het vroegere Turkse Rijk waarin Griekenland, Roemenië, Bulgarije of Servië eeuwenlang christelijk konden blijven? Turkije regeerde vijfhonderd jaar lang over een groot deel van de Balkan, tot aan het begin van vorige eeuw. Al die tijd was het een grote Europese mogendheid. Turkije behoort tot de Europese Unie. En de vraag of Turkije kan toetreden tot de Europese Unie werd drie jaar geleden al beantwoord, in Helsinki.      Op welk tijdstip er evenwel met Ankara onderhandelingen zullen beginnen over toetreding, zal afhangen van wanneer het de criteria van Kopenhagen haalt. Het vastleggen van die datum ligt dus in het Turkse kamp. En de uitslag van de recente parlementsverkiezingen verandert daar niets aan. De Turkse kiezer heeft vrij beslist. De nieuwe regering in Ankara moet beoordeeld worden op haar daden.” Abdullah Gül      Lorsque le vice premier ministre et ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül nous a reçu à Ankara pour une interview, nous ne pouvions pas nous empêcher de lui demander ce qui lui a fait changer d'avis sur l'UE. Car, en 1996, quand il était un parlementaire d'un parti islamiste, il nous avait déclaré, pendant un interview, que "la Turquie n'avait pas à faire de concessions pour entrer dans une union qui ne veut pas d'elle…"      Il nous a répondu que, depuis, il y a eu énormément de choses qui ont changé. Nous savons déjà que lui-même a changé puisqu'il n'est plus dans le même parti. Et puis, maintenant, il n'est pas dans l'opposition et il a des responsabilités (très lourdes à porter) ! C'est lui qui représentait le gouvernement turc à Copenhague…      Il dit que l'UE a changé aussi ses manières et ses approches vis-à-vis de la Turquie. C'est exact puisqu'il y a eu "le grand événement d'Helsinki" où on a enfin dit que la Turquie était "candidate"… Gül nous a expliqué que, lorsque ils ont créé leur nouveau parti, ils se sont dit qu'il fallait être pro-européen car "les positifs de l'UE étaient plus nombreux que ses négatifs", ce qui veut dire qu’il y a plus d’avantages que de désavantages.      Abdullah Gül trouve que l'UE fait confiance à son gouvernement. Il dit avoir un bon dialogue avec Bruxelles et les capitales européennes. D'après lui, son gouvernement réalisera les reformes nécessaires pour se conformer aux critères de Copenhague et tout ira mieux à partir de 2004. Nous voulons bien croire à l'homme qui essaie de résoudre les problèmes pour y arriver. Il pense que les difficultés viennent des "faux débats" et des "problèmes artificiels". Nous comprenons ce qu'il veut dire, tout en sachant qu'il y a en Turquie, surtout depuis les dernières élections, des "vrais débats" et des "problèmes réels". Le peuple turc, certainement comme le ministre Abdullah Gül lui-même, ne veut pas voir le pays reculer, ni renoncer à ses valeurs républicaines. L'énorme majorité des Turcs, hormis quelques intégristes, ne veut pas un seul pas en arrière!  Ces intégristes, les avocats de terroristes islamistes ne doivent pas trouver le moyen de se faire entendre dans la Grande Assemblée turque. C'est notamment cela, l'origine des débats et des problèmes. Il y a des inquiétudes quant à l'existence de quelques-uns qui ont des tendances moyen-âgeuses. Les inquiétudes sont réelles et Abdullah Gül ne peut, à lui seul, les faire disparaître.      Il nous a dit que s'il est difficile de gérer les affaires d'un Etat, c'est
encore plus difficile quand il s'agit de la Turquie. Là aussi,on veut bien le croire. On ne peut que souhaiter bonne chance à l'homme qui porte en grande partie la lourde responsabilité de fixer l'avenir d'un
pays comme la Turquie. Bonne chance sur le chemin de l'intégra-tion à l'UE d'une Turquie moderne et... laïque!..