Candid [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Guy Verhofstadt



Candid [ Anadolu .. 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 .. ] Guy Verhofstadt
    Relations UE Turquie      Il y a, en Turquie, beaucoup de gens déçus quant aux relations de leurs pays avec l'UE. Cette déception est le résultat des efforts et de la réussite des anti-européens qui ont bien travaillé en Turquie et en Europe de l'Ouest. Bien installés dans leurs fauteuils, ils sourient, contents d’eux-mêmes.     Si vous demandez l'avis de l'homme de la rue, du citoyen, il vous dira qu'il y a eu trop d'hypocrisie, trop de mensonges, trop de coups bas, trop de je m'en foutisme ! (Mais, est-il  d'usage de demander l'avis du citoyen quand il s'agit de l'UE ?)     Il y en a qui veulent toujours croire que les Européens de l'Ouest finiront par connaître et comprendre la Turquie d'où vient le soleil.      Il y en a qui se démoralisent en voyant une Turquie incapable de s'exprimer et de se défendre.       Déçus d'Ankara, déçus de Bruxelles, il y en a qui sont inquiets.      Inquiets pour l'UE, inquiets pour la Turquie… Certains pensent sérieusement que l'Union Européen ne se trouve pas dans des mains sûres et compétentes. Ceux-là, pour s'expliquer, montrent le (triste et décevant) tableau de l'UE pendant la crise d'Irak. Ils pensent que l'UE, "l'incroyable spectateur de catastrophes lointaines", (lointaines parce qu'en dehors de l'UE, même si on la vit en Bosnie…) n'a pas manqué de faire des déclarations destinées simplement à tromper l'opinion publique.     D'autres font remarquer le désordre de l'UE quant à la défense commune, la politique étrangère commune, l'élargissement…     Et quelques uns s'inquiètent de la montée de l'extrême droite en Europe.      L’homme de la rue en Turquie a peur que  l'histoire se répète et que l'Ouest réitère les erreurs du passé. Les Turcs voient bien, par exemple, combien souffre le peuple iranien à cause de ce régime du Moyen Âge qui a trouvé sa place grâce à ceux qui ont hébergé et protégé un certain ayatollah Khomeyni avant de l'envoyer massacrer son peuple.       La Turquie est le seul pays démocratique et laïc dans le monde de l'Islam. Il y en a qui ne voient plus une UE qui a la volonté d'aider la Turquie à devenir encore plus démocratique, mais voient une UE inquiète de voir la Turquie devenir de plus en plus et trop rapidement démocratique, malgré les pièges !      C'est là que, d'après certains, "les coups bas" commencent.  Il faut décourager la Turquie. Il faut gagner du temps. Surtout, ne pas la perdre parce que c'est un marché superbe, parce que les Turcs sont des consommateurs inconscients qui conviennent parfaitement au système.     Que peut-on faire pour décourager la Turquie et les Turcs?     On vous dira qu'il y a des pays de l'UE qui sou-tiennent le terrorisme. On vous rappellera  que l'assassin de 30.000 Turcs, un des terroristes le plus connu du monde, Abdullah Öcalan, s'est fait arrêter (par les Américains) dans une ambassade d'un pays de l'UE !.. Et que la petite Belgique continue à protéger quelques assassins tout en sachant et en disant qu'ils sont dangereux pour la sécurité publique… Et que l'Allemagne continue à protéger, comme elle peut, comme elle a toujours su le faire, les terroristes islamistes qui, finalement, ne visent pas que la Turquie laïque et qui vont finir par exploser dans les bras de ceux qui les protégent.     Que peut-on faire d'autre pour décourager la Turquie?     On peut décourager les pro-européens turcs.Pour ce, on peut, par exemple, faire des "projets de résolutions", notamment au Parlement Européen. On n'a qu’à charger un parlementaire anti-turc et complètement incompétent d’écrire un rapport sur la Turquie… C'est apparemment ainsi qu'un certain Arie Oostlander, un chrétien démocrate hollandais a été choisi... pour décourager les Turcs pro-européens. Dans sa proposition, il considère que "pour être fructueuse, une réforme de l'État dépendra également de la mesure dans laquelle le gouvernement turc parviendra à se libérer de sa peur démesurée du fondamentalisme et du séparatisme montants", il "prie le gouvernement de faire preuve de plus de décontraction face à l'Islam et à la religion en général; rejette la sécularisation rigide qui déclenche des réactions antidémocratiques telles que l'Islam intolérant…"      "Incroyable connerie", vous dira-t-on, qui n'en fini pas là car ce rapporteur considère que "la philosophie de base de l'État turc, à savoir le "kémalisme" implique une peur démesurée de compromettre l'intégrité de l'État turc et l'insistance sur l'homogénéité de la culture turque (nationalisme) l'étatisme, le rôle puissant des forces armées, ainsi qu'une attitude très rigide à l'égard de la religion, faisant de cette philosophie fondamentale une entrave même à l'adhésion à l'Union européenne…"      Alors, les pro-européens turc se découragent.      Même si le Parlement Européen a fait retirer toutes ces lignes de la proposition de résolution, ils se découragent en se disant que cette inconscience, cette incompétence, cette provocation poussent la Turquie et les Turcs à s'énerver, à s'enfermer, à chercher l'avenir ailleurs. Ils voient que l'incompétence et l'incompréhension de certains augmente l'appétit des intégristes et des extrémistes de toute sorte. C'est d'ailleurs le but caché des vieux anti-turcs qui sont en fait des anti-européens…     Ainsi, vous pouvez lire dans une dépêche d'AFP que "M. Touran, ministre des Affaires Etrangers de Vatican, pense que l'entrée de la Turquie dans l'UE sera problématique…"     Ou encore :     "Monsieur Valery Giscard d'Estaing pense que l'entrée de la Turquie sera la fin de l'UE…"     Les Turcs pro-européens essaient de ne pas se décourager et de ne pas devenir à la longue, impuissants, à cause de ces coups qu'ils reçoivent tout le temps, juste en dessous de la ceinture.     Quant à nous, nous croyons sincèrement que la Turquie est l'avenir de l'UE; l'UE est l'avenir de la Turquie.     Il faut donc penser à l'avenir.     Si l'avenir de l'UE se trouve dans les mains de Valery Giscard d'Estaing ou de Vatican, on préférera de toute manière rester au dehors.     Comme vous le lirez plus loin, les diplomates turcs pensent qu’il ne faut surtout pas réagir d’une manière sentimentale.      Remarquez, ils ne disent pas qu’il faut être réa-liste. Ils disent simplement qu’il faut être diplomate!..     On peut tout de même penser qu’on ne voit pas, jusqu’ici, une réussite diplomatique ni de la part d’Ankara, ni celle de l’UE.      On peut tout de même souligner que les Turcs, voyant leur (ancien) ministre des affaires étrangères, Ismail Cem, danser le sirtaki avec son homologue grec, George Papandreou, les ont trouvé vraiment nuls car ils ne réussissaient même pas faire semblant de s’entendre et de s’écouter.     Il y a besoin de gens plus sérieux, plus compétents, plus courageux pour arriver à un résultat, si on veut vraiment y arriver.     La diplomatie seule n’y parviendra pas.     On n’y arrivera pas non plus si on continue à ne pas écouter l’homme de la rue et ses sentiments.          Enfin, en attendant de voir plus clair, demandons simplement une chose:     Ne tirez pas sur le pianiste… turc