Daniel
Dumoulin Aslan Yýldýrým Il y a des milliers
d'Européens qui deviennent Turcs par la voie de la na-turalisation.
Beaucoup d'Allemands mais aussi des Belges.
Daniel Dumoulin, un directeur d'agence de banque en Belgique a choisi
de devenir Turc. Il a pris le nom de Aslan Yildirim. (Aslan=Lion;
Yildirim=Eclair.) Il a 47 ans. Depuis des années, il porte
toujours une rosette d'Atatürk sur lui. C'est un kémaliste et fier de
l'être. Un livre écrit en turc qui s'appelle "Pensées d'Atatürk" porte
sa signature. Son deuxième livre en turc et sa traduction en français
paraîtront bientôt: "Gallipoli: La Fuite des Géants".
On poserait des centaines de questions à un
homme pareil mais nous essayons de simplifier pour mieux
comprendre: "Depuis quand vous intéressez-vous
à la Turquie et pourquoi?" "Mes parents
voyageaient beaucoup et allaient souvent en Turquie. Moi, je suis un
amateur d'histoire. Je suis naturellement arrivé en Turquie car c'est
un peu là que l'histoire commence. Pendant un de mes voyages à Izmir,
je suis tombé dans un hôtel dont le directeur était né en Belgique. A
partir de là, j'y ai rencontré des gens, j'ai eu des amis sans qui rien
n'aurait été possible. J'ai fait construire une maison sur l'île de
Cunda, à Ayvalik. On peut dire que c'est l'immigration à l'envers. Je
me trouvais en Turquie dont la langue, la culture et la religion
m'étaient peu connues. Socialement, la Turquie correspond très bien à
l'idée que je me fais de la société. Je m'y sens très bien. Il y a ce
nationalisme qui n'est pas extrême et que j'apprécie." Mais, est-il
facile d'obtenir la nationa-lité turque?
Réponse: "Paradoxalement, autant il est facile
d'obtenir la nationalité belge, autant c'est difficile de devenir turc.
J'ai dû passer des examens de langue et de santé devant les
commissions. J'ai eu peur de ne pas réussir ces examens. J'ai suivi des
cours de langue turque à Bruxelles. J'ai des amis en Turquie qui ne
parlent que turc. Et puis, on demande aussi de changer de nom, c'est ce
que j'ai fait. Cela ne me dérange pas. On ne s'engage pas à moitié...
Je pense que la Belgique doit être plus exigeante, elle aussi, quand
elle accorde la nationalité. C'est une question de volonté. En Turquie,
Ils sont stricts quand il s'agit d'accorder la nationalité et moi, je
pense que c'est une bonne chose, on évite les abus. C'est un choix.
Maintenant, je me sens immigré des deux côtés. Quand je suis en
Belgique, ce n'est plus tout à fait chez moi; quand je suis en Turquie,
ce n'est pas encore tout à fait chez moi. Je sais très bien que, même
si j'en ai l'envie, je ne serai jamais tout à fait Turc et je ne
pourrais jamais me détacher totalement de la Belgique. J'ai mes racines
ici..." Effectivement, ce n'est pas
simple, une affaire de nationalité: "La Belgique
n'accepte pas qu'on choisisse "volontairement" une autre nationalité.
On peut obtenir la double nationalité par le mariage, la naissance etc.
mais si on choisit une autre nationalité volontairement, on perd la
nationalité belge. Mais les gouvernements cherchent à corriger le
pro-blème. Un moment, on m'a conseillé de devenir Turc par le mariage
pour pouvoir avoir la double nationalité mais j'ai répondu que j'aurais
du mal à expliquer une situation pareille à ma femme!”
Question: "Si vous perdez votre
nationalité belge, vous allez donc devoir aller chercher un visa pour
venir chez vous, en Belgique?" Réponse: "Si
nécessaire, oui. Mais on est obligé de garder ma nationalité belge
quelque part. Je suis marié avec une Belge et j'ai un enfant, lui aussi
Belge. Je peux donc éventuellement demander la nationalité belge en
tant que Turc et j'aurai la double
nationalité..." Pour le moment, Daniel Dumoulin
va en Turquie tous les trois mois. Il y a sa maison et même un petit
commerce. Il voit son avenir dans ce pays et il dit qu'il y a beaucoup
de choses à faire. Il pense que la Turquie est ouverte aux
"autres": "C'est un pays ouvert à tout le
monde. Les gens sont accueillants, c'est dans leur nature. Ils ont le
respect envers les autres religions, les autres philosophies. J'ai un
ami qui va cinq fois par jour à la mosquée et il n'est pas gêné d'être
mon ami. Je suis laïque. En Belgique, on n'a pas une bonne image de la
Turquie. On ne connaît pas bien ce pays. On a l'image d'un film de
propagande qui est le "Midnight Exspress". On a l'image du prétendu
génocide arménien. On a l'image que les lobis anti-turcs donnent de la
Turquie. C'est un peu la faute à nous, aux Turcs, qui ne faisons
pas grand-chose pour nous faire connaître. La Turquie souffre d'une
déficit d'image." "Pour moi, la
Turquie est un idéal" dit Dumoulin et
ajoute: "Ce sont les Turcs qui m'ont fait
aimer la Turquie. C'est la nation turque qui m'impressionne. Les
valeurs turques me conviennent. L'hospitalité, l'amitié, la sincérité,
l'honnêteté... Je ne suis pas devenu Turc pour le soleil Turquie
comme font beaucoup... La Turquie est une jeune démocratie. Un
carrefour historique, culturel, religieux. Peu de gens en Europe de
l'Ouest comprennent le rôle de l'armée. Or sans l'armée, le Turquie ne
serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. C'est difficile à expliquer. La
Turquie a ses réalités que les gens ne connaissent pas, ils
imaginent... C'est parfois dangereux d'imaginer sans connaître."
"Mais, n y a-t-il pas des choses qui vous énervent
en Turquie?" "Si, mais pas plus qu'en
Belgique. Au départ, je me fâchais pour certaines choses. Alors, les
Turcs me regardaient comme si j'étais fou. J'ai appris à ne pas
m'énerver. Surtout quand j'ai fait construire ma maison, il y avait de
quoi s'énerver. Mais on devient un peu philosophe, quand on devient
Turc..." Une dernière question: Que peut penser un
Turc d'origine belge à propos de la candidature de la Turquie à
l'UE? "Les Européens de l'Ouest doivent voir et
comprendre qu'on ne va pas se mettre à genoux devant eux pour être
membre de l'Union. La Turquie a un potentiel énorme. Elle est l'avenir
de l'Europe. S'il y en a qui ne comprennent pas cela, tant pis pour
eux. Ce ne sont pas les alternatives qui manquent pour nous…"